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Prix de la traduction de documentaires télévisés - 4e édition

Cette année 2020 aura bien chamboulé l’organisation de notre prix : réunions de jury par Skype, annulation de la soirée de remise, et en même temps, beaucoup de temps pour visionner les films, et une très grosse envie de ne pas renoncer à remettre ce prix !

D’autant que nous avons eu cette année un jury de choc qui a su s’adapter avec bonne humeur aux nombreux aléas, sans jamais s’éloigner de son sujet : une bonne traduction pour l’audiovisuel, c’est quoi ?

Prix ATAA 2020 de la traduction de documentaires télévisés

La sélection est ouverte !

Ce prix organisé en partenariat avec la SCAM est l'occasion de mettre en lumière l'un des maillons essentiels de la fabrication des versions françaises de documentaires étrangers : le traducteur (souvent la traductrice !). Il donne à voir les nombreux défis auxquels sont confrontés les auteurs de ces traductions, et les qualités requises - rigueur, justesse, fluidité, pour n'en citer que quelques-unes - afin de fournir une VF de qualité.

Comment participer ?

Avant toute chose, consultez l'appel à candidature et le règlement du prix 2020, disponibles ci-dessous.

Pour soumettre votre candidature, il vous suffit ensuite de remplir ce formulaire en ligne.
Les éléments requis pour l'inscription seront à envoyer à part, à l'adresse qui vous sera indiquée.

Le formulaire sera actif du 1er février au 31 mars 2020.

Prix de la traduction de documentaires télévisés 2019 - Entretien avec Eva Bacelar et Dominique Kugler

Membres du jury 2019

Vous avez fait partie du jury 2019. Quelle a été la principale difficulté de cet exercice ?

Dominique Kugler : Notre mission consistait à juger la qualité des adaptations en se focalisant sur la traduction. En général, on juge un documentaire dans sa globalité et nous avons dû résister à la tentation d’évaluer aussi la direction artistique qui fait partie des critères importants de la qualité d’un film. Il arrive que la traduction soit desservie par certains manquements de la DA, ou au contraire, mise en valeur par son travail complémentaire…

Eva Bacelar : Outre la difficulté de se détacher du traitement du sujet et de l’image, nous nous sommes rendu compte combien certains aspects étaient subjectifs. Par exemple, il est arrivé que des jurés arrêtent rapidement de visionner certains documentaires en se disant « Mais, c’est pas possible ! », tandis qu’ils plaisaient beaucoup à d’autres. Cela a donné lieu à de nombreux débats au sein du jury, car nous étions tenus de donner le Prix sur des critères objectifs.

DK : Au-delà de la forme, nous devions comparer la VF à la VO. En voice-over, on ne peut pas tout traduire, cependant le spectateur doit avoir accès au maximum d’information possible. L’idée était d'apprécier l’inventivité de l’adaptation, tout en s’assurant qu’elle ne s’éloignait pas trop de la version originale.

EB : La retranscription des différences culturelles telles que l’humour est particulièrement complexe. On sait la difficulté que cela représente. On apprécie la qualité d’une traduction qui s’éloigne de la VO en restant fidèle à l’idée, car cela nécessite un vrai travail de recherche et aussi de « se lâcher » un peu. Certaines adaptations étaient décomplexées de ce point de vue. Personnellement, j’ai trouvé réjouissant et intéressant cette manière de rendre l’ambiance et l’univers des films. L’intention doit primer afin de rendre l’idée.

Prix de la Traduction de documentaires télévisés 2019 - Entretien avec Delphine Piquet

Lauréate de la Mention spéciale du jury

Bravo pour votre Mention spéciale du prix ATAA de la Traduction de documentaires télévisés ! Que vous apporte cette distinction ?

Lors de la remise du prix, Frédéric Dussoubs1 m’a dit avec humour : « Ce serait bien que le Prix te rapporte autre chose qu’une clé à molette en chocolat2 ! » J’espère en effet que ce Prix m’ouvrira des portes. Après 12 ans passés en Allemagne où je m’étais installée pour effectuer mon stage de Master de traduction, j’ai décidé de rentrer en France. Mais aujourd’hui, mes clients allemands font de moins en moins appel à moi – probablement à cause de la distance – et mes contacts français restent à développer. Au cours de la cérémonie, beaucoup de confrères m’ont proposé de me recommander à leurs clients. J’ai été agréablement surprise de tant de solidarité car nous évoluons dans un milieu très concurrentiel. Mais j’ai découvert une grande famille !

Prix de la Traduction de documentaires télévisés 2019 - Entretien avec Caroline Barzilaï

Lauréate, avec Malkiel Itzhaky, du Prix de la Traduction de documentaires télévisés pour Golda Meir, Premier ministre

Félicitations pour votre récompense ! C’est la deuxième fois que vous recevez le prix ATAA de la Traduction de documentaires télévisés. Qu’est-ce que cela avait changé en 2017 ?

Le changement concerne essentiellement la perception de mon propre travail. Même avec 20 ans d’expérience, je remets sans cesse en question mes pratiques. D’autant que dans notre profession, nous n’avons que peu de retours des clients ou de l’enregistrement des comédiens… Je suis amenée à beaucoup réécrire. Souvent, je me demande si c’est ce qui est attendu. Ce Prix me confirme que j’ai la bonne démarche.

Prix de la Traduction de documentaires télévisés 2019 - ​Entretien avec Malkiel Itzhaky

Lauréat, avec Caroline Barzilaï, du Prix de la Traduction de documentaires télévisés pour Golda Meir, Premier ministre

Félicitations pour ce prix ATAA de la Traduction de documentaires télévisés ! Que ressentez-vous d’avoir été primé ?

J’ai été surpris de remporter le Prix car c’était mon premier travail de voice over. Avant d’adapter Golda Meir, Premier ministre, j’avais seulement été sollicité pour traduire des passages d’hébreu. Aussi, ce Prix m’encourage à continuer. L’hébreu est ma langue familiale : comme je ne l’ai jamais étudiée, je ressens parfois le syndrome de l’imposteur… Mais aujourd’hui je peux me dire que j’y arrive !

Prix de la Traduction de documentaires télévisés

AND THE WINNERS ARE… MALKIEL ITZHAKY AND CAROLINE BARZILAÏ !

Pour sa troisième édition, la remise du Prix de la traduction de documentaires télévisés 2019 s’est tenue le jeudi 17 octobre entre les murs du bel hôtel particulier de la SCAM. Lors de cette cérémonie – résolument joyeuse et décontractée – le Prix a été remis à Malkiel Itzhaky et Caroline Barzilaï pour leur adaptation de Golda Meir, Premier ministre de Sagi Borenstein et Udi Nir. Une Mention spéciale a également été décernée à Delphine Piquet pour sa traduction de la série de télé-réalité Mécano express de Thomas Schäfer.

Interview d’Abel-Antoine Vial

Membre du jury du Prix ATAA 2019
Adaptation d’une série en doublage

Lors de la cérémonie de remise des Prix ATAA 2019, votre jury a surpris toute l’assemblée en réalisant le détournement des séries finalistes.

Nous n’avions pas envie de faire de discours. On cherchait à être divertissants et à donner un autre souffle à notre présentation. L’idée du détournement est venue d’un délire d’adaptateur : quand on travaille sur une série, on tourne parfois les mots dans tous les sens sans parvenir à être synchrone. Ce sont des moments très frustrants. Mais si tout d’un coup on commence à dire n’importe quoi, le résultat est toujours plus synchrone que tout ce qu’on s’échinait à sortir !

Pour parvenir à la phrase juste, on fonctionne par essais successifs. Parfois, quand je me relis, je me rends compte que c’est trop compliqué à dire ou que la phrase n’est pas naturelle en français. Il arrive que ce travail devienne laborieux. Dans le cadre du doublage, le texte a pour vocation d’être dit à l’oral. Il faut être attentif à servir le jeu des comédiens : ne pas faire dire trop de mots et utiliser le même débit que l’acteur.

Pour la cérémonie de remise des Prix ATAA 2019, notre idée était aussi de faire référence au film culte Le Grand détournement, la classe américaine. En fait, dès lors que l'on réécrit les répliques d’un film doublé, on obtient une tout autre histoire. Dans le cadre d’un doublage, on peut faire dire des choses très différentes. Par exemple, le choix de conserver ou pas les accents des personnages de la VO. Cette question fait encore souvent débat. Nous avons des cas tristement célèbres, notamment celui d’Eddy Murphy dont l’accent « français » pourrait aujourd'hui avoir une connotation raciste. Dans notre détournement, nous avons choisi de tourner cela en dérision en disant : « C’est une demande du client ! », mais il est vrai que c’est souvent l’objet d’une discussion avec le directeur de plateau.

Interview de Léa Le Dimna

Nommée pour le prix ATAA de l’Adaptation d’un film en sous-titrage
non anglophone

Vous avez été nommée pour le prix ATAA de l’Adaptation d’un film en sous-titrage non anglophone. Que représente cette nomination pour vous ?

C’est incroyable d’avoir été nommée pour ce prix ! Je n’en revenais pas que mon travail ait pu être repéré ! En fait, je suis totalement autodidacte dans ce métier. Même sans avoir gagné le prix, cette nomination représente une reconnaissance inespérée de la part de la profession.

Au départ, ma vocation n’était pas de devenir traductrice et je ne me suis jamais sentie légitime. D’autant que j’ai conscience de la difficulté du métier... Mon parcours est avant tout une histoire de rencontres, car longtemps je me suis cherchée professionnellement. Si je suis adaptatrice aujourd’hui, c’est grâce à ceux – notamment des réalisateurs – qui m’ont fait confiance et offert des opportunités.

Interview de Sofyane Rouis

Revenue & Client Services Manager pour Deluxe Media Paris

En tant que studio de doublage et de localisation audiovisuelle, pouvez-vous nous dire comment se passent en coulisses les négociations sur les tarifs d’adaptation ?

Il existe plusieurs configurations. Lorsque le programme est produit, traduit et localisé par le distributeur en direct, le coût de l’adaptation en français est budgété à l’avance. Dans ce cas de figure, on prête très généralement attention à l’ensemble des dépenses du projet. De plus, les distributeurs connaissent les prix pratiqués : les tarifs sont respectés et ne nécessitent pas d’être discutés.

Interview d’Odile Manforti

Lauréate du Prix de l’Adaptation en sous-titrage d’un film anglophone
pour Cro Man

Lauréate avec Delphine Hussonnois du Prix de l’Adaptation en sous-titrage
d’une série télévisée pour Counterpart

Interview d’Emmanuelle Boillot et Imane Khalil

Lauréates du prix ATAA 2019 pour Le Caire confidentiel de Tarik Saleh

Adaptation d’un film en sous-titrage non anglophone

Comment avez-vous été amenées à travailler sur ce film ?

Emmanuelle : C’est le laboratoire de sous-titrage Hiventy qui m’a recommandée à Julia Santoni de Memento. Cette dernière recherchait activement un adaptateur pour Le Caire confidentiel. Mon expérience de l’écriture à quatre mains a probablement pesé dans son choix de travailler avec moi. Chinois, arabe palestinien, danois : au cours de ma carrière, il m’a souvent été donné d’adapter des textes depuis une langue que je ne parle pas. Mais le premier défi a été de rencontrer une personne traduisant l’arabe égyptien. Aussi j’ai fait appel à mon réseau, à mes consultantes en arabe libanais et syrien, à mes amis de « Langues orientales ». Également au réseau de mon réseau... Et on m’a présenté Imane ! Bien que n’ayant aucune connaissance de la technique du sous-titrage, elle a été partante pour cette aventure !

Imane : Oui, j’étais enthousiaste ! Je n’avais qu’une seule exigence : que le film ne dénigre pas l’Égypte, l’armée ou la police que j’affectionne particulièrement. Passée cette première réserve, j’ai confirmé à Emmanuelle la particularité du dialecte égyptien. Il y a 20 ans, il était compris dans tout le monde arabe. À l’époque, le cinéma égyptien vivait son âge d’or et était diffusé dans l’ensemble des pays arabophones. Depuis, la langue cairote a évolué. Même si l’arabe littéraire reste stable et compréhensible de tous, l’arabe quotidien doit être passé au filtre de la culture locale. En effet, un même mot peut prendre une signification différente selon l’intonation. Les mimiques, l’expression des yeux et des mains peuvent aussi induire un sens autre. Ce trait culturel est propre à chaque pays arabophone. Pour Le Caire confidentiel, il était impératif de faire appel à un natif du pays pour comprendre l’âme du texte et la subtilité de la langue.

© Rémi Poulverel