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Amazon Prime Video

Comme un air connu

Souvenez-vous : fin novembre 2018, Amazon Prime Video lançait une série comique franco-allemande, Deutsch-les-Landes, reposant pour beaucoup sur le ressort de l’incompréhension entre personnages francophones et germanophones. Problème : l’œuvre était proposée uniquement dans une version doublée intégrale qui rendait complètement inopérants les gags linguistiques. De nombreux médias avaient souligné l’absurdité de ce choix qui compromettait sérieusement l’intérêt de la série (voir par exemple l’article de Léo Moser, « Deutsch-les-Landes : Pourquoi la série française d'Amazon est un naufrage complet » sur le site des Inrockuptibles).

Filmmakers and translators unite!

Subtitling plays a crucial role in a film's international career. In recent years, the number of viewers watching subtitled films and series has increased tremendously with the development of streaming platforms. Yet the quality of subtitles seems to be increasingly overlooked. And, these days, everyone thinks they can write subtitles.

In 1976, the great screenwriter Ernest Lehmann told budding filmmakers at the American Film Institute: “Almost about everyone unconsciously feels he knows as much about writing as a writer. It would be unthinkable for a writer to tell a director how to direct or a producer how to produce or an actor how to act or a cinematographer how to light a scene. But it is not at all unthinkable for anyone to tell a writer how to write.”

Change “writer” and “write” to “translator” and “subtitle”, and the statement perfectly describes the situation of film/audiovisual translators and subtitling practices today. Indeed, everyone thinks they can write subtitles. They also think it doesn’t take too much time, that it’s cheap and should be ever cheaper, that anyone who has access to subtitling software can do it, and that translators are mere “service-providers”.

That is why we wish to make filmmakers around the world aware of the importance of having their films subtitled by professional translators who master languages and, above all, film language. We know that a film is the result of a long creative, financial and technical process. Because of this, we know that we have to be very careful about how our subtitles will look on the screen, big or small, that they should read well and fit into the picture and rhythm of the movie. In other words, professional translators know what they’re doing.

We are pleased that other people in the film industry acknowledge this. For example, Bruce Goldstein, founder of Rialto Pictures, a US distributor, went so far as to make an excellent short documentary, whose title – The Art of Subtitling – says it all. In it, he states: “Movie translations, those titles at the bottom of the screen, are rarely noticed. Unless they’re bad. And that’s how it should be. Good subtitles are designed to be inconspicuous. Almost invisible.”

We also believe that subtitles should be inconspicuous because they are part of film language, as long as they don’t interfere with it.

Outside its own linguistic area, a film doesn’t mean much to a foreign audience if it is not translated. But it must be subtitled in a way that allows foreign viewers to enjoy it as much as the audience who understands its original language(s). When they fail to do so, subtitles are noticed when they shouldn’t be, disrupting the viewers’ perception of the image, dialogue and sound.

A recent example – and an unfortunate one, given the film’s worldwide exposure – is provided by Alfonso Cuarón’s Roma in its English- and French-subtitled versions (and presumably in other languages). The Oscars for Best Foreign-Language and Best Cinematography (along with Best Directing) were awarded on the basis of the English-subtitled version. Not only does this version fall far below professional subtitling standards (see this article), but it doesn’t do justice to the stunning cinematography created by its director/DoP. And, from what we know so far, subtitled versions in other languages were translated from the English version, not from the original Spanish and Mixtec heard on the soundtrack.

Roma may currently be the best-known example of such a sorry state of affairs. But there have been numerous other examples in the past and, as professional translators, we feel that it should not happen again. Moreover, in the case of Roma, it shows that when filmmakers decide to become involved in the subtitling of their films, they need to be properly advised by professional subtitlers.

When colour grading or sound mixing is done on a film, its filmmaker certainly has a say in what result he or she wishes to achieve. But they work in close cooperation with professional colour graders and sound mixers who will guide them towards their goal. The same goes for subtitling, which is also part of film language.

Professional translators who master the “art of subtitling” have a feeling not just for the right translation, but for the right placement, shape and content of a subtitle. We do our creative best to write subtitles which blend into the fabric of a film. We are not “service-providers” – we serve only the films, their creators and the audience.

Filmmakers of the world, we stand with you and do our best to make your films and series accessible to audiences who speak languages other than those used in your works. We are now calling on you to stand with us so that we can continue to perform the creative task of translating your films.

Association des Traducteurs Adaptateurs de l’Audiovisuel (ATAA)

Audiovisual Translators Europe (AVTE)

Cinéastes et traducteurs ensemble

Le sous-titrage joue un rôle capital dans la carrière internationale d’un film. Ces dernières années, le nombre de spectateurs qui regardent des séries et des films en version sous-titrée a considérablement augmenté avec le développement des plateformes de streaming. Pourtant, la qualité des sous-titres paraît de plus en plus négligée. Et aujourd’hui, tout le monde croit savoir écrire des sous-titres.

En 1976, le grand scénariste américain Ernest Lehmann s’adressait ainsi à de futurs cinéastes à l’American Film Institute : « Inconsciemment, tout le monde ou presque croit savoir écrire un scénario aussi bien qu’un scénariste. Il serait impensable qu’un scénariste dise à un réalisateur comment réaliser, à un producteur comment produire, à un acteur comment jouer, ou à un chef opérateur comment éclairer une scène. Pourtant, il n’est pas impensable que le premier venu dise à un scénariste comment écrire un scénario. »

Il suffit de remplacer « scénariste » et « écrire » par « traducteur » et « sous-titrer » pour que ces mots décrivent à la perfection la situation des traducteurs audiovisuels et les pratiques de sous-titrage aujourd’hui. Car, en effet, tout le monde croit savoir écrire des sous-titres. Tout le monde croit aussi que cela se fait en un rien de temps, que cela ne coûte pas cher et devrait coûter encore moins cher, qu’il suffit d’avoir un logiciel de sous-titrage sous la main pour sous-titrer et que les traducteurs ne sont ni plus ni moins que des « prestataires de service. »

C’est pourquoi nous souhaitons alerter les cinéastes du monde entier sur l’importance de faire sous-titrer leurs films par des traducteurs professionnels qui maîtrisent non seulement les langues, mais surtout le langage du cinéma. Nous savons qu’un film est le fruit d’un long processus créatif, financier et technique. Par conséquent, nous savons qu’il est de notre devoir d’apporter le plus grand soin au fond et à la forme de nos sous-titres sur l’écran, grand ou petit, et que ceux-ci doivent bien se lire et se fondre dans l’image et le rythme du film. Autrement dit, les traducteurs professionnels savent ce qu’ils font.

Nous sommes heureux de voir que, dans le secteur du cinéma, d’autres que nous en ont conscience. Par exemple, Bruce Goldstein, fondateur la société de distribution américaine Rialto Pictures, a pris la peine de réaliser un excellent documentaire dont le titre résume tout : The Art of Subtitling, l’art du sous-titrage. « Les dialogues traduits d’un film, ces titres qui apparaissent au bas de l’image, se remarquent rarement. Sauf s’ils sont ratés. Et c’est bien normal. Un bon sous-titre est fait pour ne pas être remarqué. Pour être presque invisible », explique-t-il.

Nous pensons également que les sous-titres ne doivent pas se remarquer car ils font partie du langage du cinéma, tant qu’ils ne le brouillent pas.

Hors de sa zone linguistique d’origine, un film ne veut pas dire grand-chose pour des spectateurs étrangers s’il n’est pas traduit. Mais il doit être sous-titré de manière à ce que ces spectateurs l’apprécient autant que ceux qui en comprennent la ou les langues originales. Sinon, au lieu d’être invisibles, les sous-titres se remarquent et brouillent la perception de l’image, des dialogues et du son par les spectateurs.

Roma, d’Alfonso Cuarón, en offre un exemple récent, et malheureux, dans ses versions sous-titrées en anglais et en français (et probablement dans d’autres langues). Le film a été récompensé par les Oscars du meilleur film étranger et de la meilleure image (en plus de celui du meilleur réalisateur) sur la foi de la version sous-titrée en anglais. Mais cette version est loin de répondre aux usages professionnels (voir cet article) et ne rend pas justice aux images magnifiques qu’a créées son réalisateur/chef opérateur. En outre, d’après ce que nous savons actuellement, les versions sous-titrées dans d’autres langues l’ont été à partir des sous-titres anglais et non de l’espagnol et du mixtèque, langues originales du film.

Roma est actuellement l’exemple le plus connu d’une situation aussi déplorable. Mais il y en a eu bien d’autres dans le passé. Pour nous, traducteurs audiovisuels professionnels, pareille situation ne doit plus se reproduire. Le cas de Roma montre aussi que, lorsque les cinéastes choisissent de participer au sous-titrage de leurs films, ils doivent prendre conseil auprès de sous-titreurs professionnels.

Quand un film est étalonné ou mixé, son réalisateur ou sa réalisatrice a évidemment son mot à dire quant au résultat qu’il ou elle souhaite obtenir. Mais les cinéastes travaillent étroitement avec des étalonneurs et des mixeurs professionnels qui savent les guider pour obtenir ce qu’ils désirent. Il en va de même du sous-titrage, qui appartient au langage du cinéma.

Les traducteurs professionnels qui maîtrisent « l‘art du sous-titrage » savent trouver la bonne traduction. Ils savent aussi comment donner au sous-titre une forme et un contenu corrects et le placer au bon endroit. Nous effectuons un travail créatif pour écrire des sous-titres qui se fondent aussi bien que possible dans la trame du film. Nous ne sommes pas des « prestataires de service ». Nous sommes au service des films, de leurs créateurs et du public.

Cinéastes du monde entier, nous sommes à vos côtés et faisons de notre mieux pour que vos films soient compris par des spectateurs qui parlent d’autres langues que celles de vos œuvres. Aujourd’hui, nous vous appelons à nous soutenir afin que nous puissions continuer à réaliser ce travail créatif qu’est la traduction de vos films.


Association des Traducteurs Adaptateurs de l’Audiovisuel (ATAA)

Audiovisual Translators Europe (AVTE)

Interview Véronique Depondt

Céramiste des Trophées ATAA

Depuis 2018, vous concevez et réalisez les trophées ATAA. Pouvez-vous nous dire ce que représentent ces œuvres en céramique ?

Pour concevoir les trophées ATAA, j’ai pensé à un objet qui serait à la fois beau pour lui-même et chargé de sens. Un objet vertical comme un menhir, une stèle ou un bloc de pierre taillée, pour conserver la fonction première de trophée. Je suis aussi partie de l’idée d’une pierre gravée, en référence aux premières écritures. Les mots gravés sur ces céramiques proviennent du grec ancien et du chinois. Ces derniers ont été choisis pour leur belle graphie, tandis que les mots sélectionnés traduisent les valeurs défendues par l’association. Personnellement, j’y adhère complètement. C’est comme une évidence.

The English subtitles for ROMA

Whatever happened to "quality control"?

This coming Sunday, Alfonso Cuarón's movie Roma may well make history at the Academy Awards in Hollywood. With its ten nominations, it is poised to become the first-ever movie in a language other than English to take the Best Picture award. There is no denying that it is a magnificent movie, beautifully directed and with a touching central performance from Mexican actress Yalitza Aparicio. This is also the first time that the streaming giant Netflix has found itself in the Oscars spotlight to this extent, even though it merely picked up distribution rights to the film and played no active role in its production.

ROMA French subtitles

Or how to ruin a masterpiece, by Netflix

There is no need to introduce Roma, its director, Alfonso Cuarón, or the company that bought the movie's world distribution rights, Netflix.

After being alerted by French viewers to the appalling quality of the French subtitles - fittingly at a time when discontent with Netflix translations is on the rise on social media - the ATAA (the French Association of Audio-visual Translators) decided to take a look. What we discovered is both shocking and baffling. The disaster is of such a scope that we are obliged to distinguish between content and form: firstly, a list of violations of subtitling conventions and industry practice, then an inventory of translation and adaptation errors, if indeed a word like “translation” still has any meaning in this particular case.

Le sous-titrage français de ROMA

Ou comment abîmer un chef-d’œuvre, par Netflix

On ne présente plus Roma, ni son réalisateur, Alfonso Cuarón, ni la société qui a acheté le film et le diffuse, Netflix.

Alertée par des spectateurs sur la qualité désastreuse des sous-titres français, alors que les réseaux sociaux commencent à bruisser d’un vent de mécontentement envers les traductions Netflix, l’ATAA a voulu vérifier par elle-même ce qu’il en était. Ce que nous avons découvert est aussi choquant que révélateur. Le désastre est d’une telle ampleur que nous sommes obligés de procéder par listes, d’abord des problèmes formels, puis de traduction et d’adaptation, si toutefois ces deux mots ont encore leur place ici.

Éduquons !

De l'importance de valoriser nos métiers auprès du grand public.

La grande communauté des traducteurs de l'audiovisuel est multiple, et c'est ça qui la rend belle. Chacun(e) a son parcours, son style, son identité... Il y a celles et ceux qui, très tôt, ont su que l'adaptation en audiovisuel était leur voie et ont suivi les études universitaires ad hoc ; et puis il y a les autres. Ceux qui sont arrivés là, non pas par hasard, mais par des chemins détournés. Ces dinosaures qui sont passés sur les bancs de la fac avant que les Masters spécialisés dans la discipline ne voient le jour et qui ont pris l'option, diplôme classique de langue en poche, d'aller courir le monde en collectionnant les rencontres, les expériences et les repas frugaux... Ce fut mon cas, et mon petit doigt me dit que je ne suis pas seule !

Anglo- et cinéphile, je suis arrivée au métier par la porte des festivals. D'un festival en particulier, celui du cinéma britannique de Dinard, où j'ai débuté par un concours de circonstances en 2005 comme "stagiaire en charge du catalogue bilingue". Mission si hautement estimée qu'elle était confiée chaque année, à l'époque, au premier étudiant qui pouvait se targuer d'avoir survécu à son voyage scolaire dans le Kent en classe de cinquième.

Bref. Ça, c'était avant. On va dire que la direction du festival était, à l'époque, plus experte en cinéma qu'en britannique... Chacun sa spécialité. Au fil des années (puisque j'y œuvre toujours, aujourd'hui à la programmation, 4 mois sur 12), je suis fière d'avoir contribué à concilier les deux au sein de ce beau festival et à développer, en parallèle, une activité indépendante de sous-titrage de l'anglais vers le français.

Tout cela pour en arriver au sujet central de mon propos : le public. Vous savez, ces gens qui regardent les programmes doublés, sous-titrés et audiodécrits. On est tellement focalisés sur les clients, les labos, les distributeurs, la SACEM, les impôts, Netflix, les délais, les tarifs ... qu'on en oublierait presque à qui est destiné le fruit de notre labeur : aux spectateurs. Eh bien, ce sont eux, sous la forme des festivaliers, qui m'ont amenée à me former à l'écriture de sous-titrages. Si vous vous attendez à ce que je sorte les violons du partage de la magie du cinéma, les trompettes de l'altruisme de ce beau métier qui bâtit des ponts entre nous et le ciel (ah non, ça, c'est Cabrel), qui fait tomber la barrière de la langue, qui rend accessible, comme par enchantement, des dialogues qui autrement tomberaient dans les abîmes de l'incompréhension, vous allez être déçus. Remballez violons et trompettes et rentrez les licornes à l'étable. Ce qui m'a poussée à faire ce métier, c'est la colère que j'éprouvais en entendant les gens sortir des salles en maugréant : "Il était bien ce film, dommage que le traducteur n'ait pas compris les jeux de mots ", ou "Môa, je parle anglais. C'est pas ça qu'il a dit, le mec", ou encore "Pas terrible, la traduction. Mon fils qui a 18 de moyenne en anglais au collège aurait fait mieux".

(c) 2015, Julien Liénard/Courtesy Festival du film britannique de Dinard

Et moi de retenir mon "Hé, Ducon ! C'est pas mal traduit, c'est a-dap-té ! Si tu connaissais la différence, tu serais moins méprisant". Et voilà. J'avais la réponse sous les yeux. En plus de me former aux techniques de sous-titrage (métier qui me trottait dans la tête depuis plusieurs années), je devais sensibiliser ce public qui jugeait sans savoir. Un fléau de notre société, juger sans savoir... Non ?

Alors, en femme de mots, j'ai troqué le vindicatif "Hé, Ducon !" pour brandir un bienveillant "Éduquons !", et je profite des tribunes qui me sont offertes en tant que programmatrice en festivals pour parler de cet autre métier qui est le mien et qui me passionne, celui d'adaptatrice de l'audiovisuel en sous-titrage.

Par souci de vulgarisation et pour éviter de m'adresser à des salles vides (ou semi vides, car il y a toujours une prof d'anglais à la retraite qui a vu de la lumière et s'est posée là avec une copine), j'attire le chaland en titrant mes interventions : "Traducteur de films, les ficelles du métier". Ça parle bien au public et ça ne sent pas trop le cours magistral triste à pleurer où le conférencier lit à haute voix le Powerpoint qu'on a tous sous les yeux.

J'y présente donc les différents volets du métier (sous-titrage linguistique et SME, doublage, voice-over et audiodescription), en les illustrant par des extraits de programmes choisis. Je parle de synchronisation labiale, je montre ce qu'est une bande rythmo, je définis les codes couleurs SME, je fais fermer les yeux à mon auditoire pour qu'il écoute un extrait audiodécrit. Puis je me concentre sur le sous-titrage, que je maîtrise mieux, avec les notions d'amorce vocale, de vitesse de lisibilité, de changements de plans, de persistance rétinienne, de taux de foisonnement, de fluidité du langage. Et là, ô joie, les premiers signes d'attention apparaissent dans la salle : je vois des têtes qui opinent, j'entends des "Ah, c'est pour ça, alors !", des "Bah oui, forcément, si elle traduisait tout, il faudrait 4 lignes et on ne verrait plus rien."

C'est à ce moment-là, quand ils ont toute mon attention, que je leur assène une vérité qu'ils semblent ignorer : un traducteur traduit du sens, pas des mots. L'adaptation est indispensable pour faire glisser du sens d'une langue à l'autre et ne peut naître que du cerveau humain. Là, il y a toujours un gros malin pour me dire que "Ouais, mais Reverso, c'est quand même vachement bien. C'est ça, l'avenir." Je prends une grande inspiration, je scande intérieurement mon mantra dans un immense effort pour ne pas me tromper d'orthographe (Éduquons... Éduquons...), et je parle du sacro saint contexte, de références culturelles, de langue cible et de langue source, du fait qu'un traducteur ne produit que dans sa langue maternelle, qu'une machine ne fait pas de différence - en anglais, en tout cas - entre un évier de cuisine et un navire en train de sombrer. J'en profite pour caser que nous sommes des auteurs à part entière et que nous en avons le statut, que la SACEM et la SCAM nous versent des royalties (le public adore, ça fait rock star)...

Et nous voilà lancés ! Je peux quitter mes notes, ils ont suffisamment de clés pour se lancer dans un échange constructif. Les questions foisonnent, les références à des films ou des séries fusent, on parle éthique, méthodes et processus de travail et, forcément, on glisse sur les séries et les fansubbers, à qui je mets une dose au passage, rassurez-vous. La même qu'à Netflix, dont je dénonce les pratiques de dumping tarifaire. Là, je conclus avec un florilège de "perles" de fansubs qui termine d'enfoncer le clou : en sortant de cette salle, vous avez appris les ficelles d'un vrai métier et, sans pouvoir le faire vous-même, vous êtes maintenant en mesure de formuler un jugement avisé sur la qualité d'une adaptation. Et M. Reverso de glisser à son épouse en sortant : "C'était super intéressant, dis donc. J'me coucherais moins bête ce soir."

Mission accomplie.

2019, la désorganisation organisée

Retour sur les États Généraux du Livre

De retour des Etats généraux du livre (22 mai 2018)

Tout le monde était là, les directeurs de l’AFDAS, de l’Agessa-Maison des Artistes, de l’IRCEC, les représentants et membres d’un grand nombre d’associations et syndicats d’artistes et d’auteurs, emmenés par le Conseil Permanent des Ecrivains, organisateur de l’événement. Tout le monde, enfin, pas tout à fait. Il y avait bien des représentants du ministère de la Culture, fonctionnaires méritants, au sens noble du terme, et même un adjoint du bureau C1 du ministère de l’Economie et des Finances. Mais au fil des débats, il est devenu très clair qu’ils n’étaient que les rouages impuissants d’une puissante machine à désorganiser, dont le moteur se trouve ailleurs, dans les bureaux du Premier ministre et du président de la République, symboliquement représentés par des chaises vides.

Parlons détection

En mars 2014, l’ATAA a publié sur ce blog un article d’Yves Jeanne, détecteur. Il y faisait un constat sans appel sur la situation alarmante de la détection. Aujourd’hui, son bilan d’alors paraît presque prémonitoire, mais l’article ayant déjà 4 ans, il nous a paru temps de refaire un point. La situation a-t-elle évolué ? En bien ou en mal ? Quelles solutions peut-on envisager ?

A leurs débuts, les logiciels étaient réservés à quelques soaps, ou aux séries à faible budget. Mal conçus, ils n’étaient absolument pas faits pour une vraie détection.

Aujourd’hui, où en est-on ? L’informatisation a tout balayé sur son passage. On travaille systématiquement sur ordinateur et la détection traditionnelle à la main a totalement disparu. Même pour les programmes plus prestigieux, comme les films pour le cinéma.

On ne peut nier que cet essor s’est fait au détriment de plusieurs métiers, dont celui de calligraphe, qui a complètement disparu. Cependant, l’informatique a apporté un plus indéniable et grandement facilité le travail sur toute la chaîne. Débarrassés des contraintes physiques de la bande-rythmo, le détecteur, comme l’adaptateur, ont acquis une liberté très agréable.

Le logiciel a permis aussi une accélération du processus global de la détection/adaptation, notamment parce que les allers-retours de bandes-rythmos ont été remplacés par des échanges de mails. Autre exemple, le détecteur et l’adaptateur peuvent désormais travailler très facilement sur le même programme de manière simultanée.

Ceci n’est pas un exercice

Défi ? Exercice ? Ou destruction de valeur des œuvres et de nos métiers ?

La société Lylo, qui œuvre dans le domaine de la post-production audiovisuelle, cherche actuellement des adaptateurs de doublage pour les aider à relever un « défi » lancé par Netflix. La proposition reçue par quelques auteur(e)s se présente en ces termes (par amour de la VO, nous laissons les fautes) :

« Nous avons été contacté par Netflix pour participer a une sorte d’exercice qui consiste à leur fournir en un temps record une « adaptation » d’un telefilm de 90 min, en sachant qu’il nous fournisse une traduction française.

Alors tiens toi bien le temps record est 5 jours !! Tadam !

Donc notre idée pour relever le défi serait de repartir l’adaptation entre 3 auteurs en 3 jours et le 4ème jour de confier à un autre auteur de faire une relecture / harmonisation de l’ensemble et de finir la journée avec une simulation en présence d’un comédien ou DA. »

Arrêtons-nous sur cette formulation : « nous avons été contactés par Netflix pour participer à une sorte d’exercice qui consiste à leur fournir en un temps record une « adaptation » d’un téléfilm de 90 min ». L’exercice en question ressemble fort à une offre de contrat d’adaptation, en urgence de surcroît. Puis, on précise le délai : 5 jours pour adapter 90 minutes. Heureusement qu’on se cramponnait, en effet, sans quoi beaucoup seraient tombés de leur chaise. Rappelons que les organisations professionnelles recommandent pour l’écriture du doublage d’une fiction de 100 minutes un délai de 2 à 3 semaines. Mais qu’à cela ne tienne : chez Lylo, on n’a pas de délais professionnels, mais on a des idées : pour livrer le travail dans les temps, il suffit de saucissonner l’œuvre et de répartir le travail entre trois adaptateurs, puis de demander à un quatrième (plutôt qu’à un des trois premiers, histoire de faire une encore plus belle bouillie) d’harmoniser en une journée 90 minutes de vidéo. Malin ! Cependant, même avec ce découpage, le rythme de travail demandé n’est en rien réaliste, d’autant que cette société ne fournit pas de détection et que les adaptateurs devront également réaliser cette tâche, toujours en un temps record.

Merci

Suite à leur élection au Conseil d’administration, nous avons le plaisir de souhaiter la bienvenue à Simona Florescu et Isabelle Miller.

Un grand Merci à Céline Bellini, Antonia Hall, Mariette Kelley, Sabine de Andria et Carole Remy, qui ne seront plus au CA mais vont continuer à participer à différents chantiers.

Nous avons besoin de trouver d’autres énergies, d’autres personnes qui s’intéressent à leur profession dans son ensemble. L’ATAA et le SNAC sont des outils à la disposition de tous, aujourd’hui puissants et qui le seront d’autant plus que l’on s’en servira. La logique, qui nous semble évidente, étant qu’en défendant son métier, on se défend aussi soi et son avenir. On défend aussi les autres, en bonus. Et en plus, on sort de chez soi. Et, tenez-vous bien, on voit des gens !